Dramane : Des stages qui changent une vie… et des mentalités !
Dramane, originaire de Côte d’Ivoire, est âgé de 33 ans. Il a dû quitter famille et travail (chauffeur routier) pour sa survie. Après un parcours traumatisant, il est arrivé en France en novembre 2023 et a rejoint notre antenne JRS en avril 2024.
Dès son arrivée, il s’est montré très motivé à effectuer des stages car, malgré ses bénévolats, les journées étaient longues… J’ai alors écrit plusieurs mails expliquant que, contrairement à la France et à la Hongrie, tous les autres pays européens autorisaient les personnes en demande d’asile à réaliser des stages de moins de deux mois, qui leur permettent de découvrir le monde du travail et de faciliter leur insertion. Je recommandais Dramane, en soulignant que son oisiveté forcée le mettait en grande souffrance. Je joignais également son CV et un exemplaire de convention ASFODEVH (Association pour la Formation en Développement humain). J’ai envoyé ces courriels à nombre d’entreprises privées, publiques et municipalités. Si beaucoup de messages sont restés sans réponse, deux mairies ont répondu positivement.
Après avoir accompagné Dramane à son entretien pour bien repréciser le contexte, il a commencé un stage de 4 semaines en espace vert. À mi-parcours, lors d’un entretien avec la personne en charge des ressources humaines, j’ai compris que Dramane avait conquis toute l’équipe par son sérieux, sa ponctualité, sa gentillesse. Il a ensuite réalisé un deuxième stage dans une autre municipalité, dans les garages. Ayant bénéficié d’une formation de mécanicien dans son pays d’origine, il impressionne son tuteur qui m’appelle pour me dire : « Vous savez, avec la mentalité de certains mécaniciens, ce n’était pas gagné, mais là, pourrait-il poursuivre son stage de 2 semaines ? ».
Tout au long de ses stages, Dramane n’a jamais eu le sentiment d’être exploité. Ensemble, nous rédigions les rapports de stage et j’ai été surprise de voir à quel point il prenait cela au sérieux, notant tous les jours sur son téléphone les tâches réalisées. Grâce à lui, j’ai appris des choses sur les espaces verts et la mécanique ! Dramane me disait aussi que vivre une vie « normale » : le matin partir travailler, rentrer le soir et avoir quelque chose à raconter, lui permettait de « se vider la tête » et « d’être moins pris par ses problèmes ».
Son parcours continue avec un stage de 4 semaines en espace vert dans une troisième municipalité, puis avec, de nouveau, un stage dans la première municipalité. Le maire, dépité de ne pouvoir rémunérer Dramane, lui a proposé, après décision du conseil municipal, de lui attribuer un logement gratuit, via la convention « mise à disposition d’un logement » de JRS. Le personnel s’est démené pour meubler l’appartement, et aujourd’hui, il ne manque rien ! Le maire a également demandé une autorisation de travail à la préfecture. En attendant la réponse, Dramane poursuit un nouveau stage en voirie.
Dramane est une personne extraordinaire, mais au-delà de son histoire personnelle, je milite activement pour que les personnes en demande d’asile puissent réaliser des stages. Ces stages offrent bien plus qu’une opportunité d’insertion professionnelle : ils créent des espaces de rencontre entre personnes exilées et communautés locales. C’est ainsi que les idées reçues et préjugés sur les personnes exilées se dissipent, et que les mentalités se transforment. Certes, avec l’équipe de coordination, nous avons un peu plus de travail mais vraiment, cela est positif pour tous : les personnes accueillies, les accueillants, et la société dans son ensemble.

